Les Ondes Martenot

Les instruments, l'orchestre, les aspects généraux de la musique
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Xavier - E&M
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Les Ondes Martenot

Message non lupar Xavier - E&M » 25 Déc 2012, 22:27

Découverte un soir incertain de ce 24 décembre 2012, de cet instrument pour moi mythique.
Oui, le nom désigne un instrument, et non un phénomène spécifique d'onde.
J'ai enfin vu, et entendu la bête, par une musicienne qui travaille cet instrument au conservatoire. Après en avoir entendu parler depuis pas mal d'années, je m'étais forgé un imaginaire sur cet instrument, que je savais électronique, période antédiluvienne.
A la vue de l'instrument, c'est exactement le cas: une atmosphère de premiers postes à galène, un petit tableau de bord façon bakélite, un clavier court et peu profond, des boutons surannés.
Cet instrument est clairement daté de l'ère électronique, dans ses débuts. Il tient un peu du synthétiseur, version professeur Tournesol en timide, et a des fonctionnements spécifiques, dont le clavier suspendu qui permet des effets de vibrato, et la bague fixée à un doigt qui, par le coulissement d'un fil (nommé le ruban), autorise (et même impose) le glissando, permettant de jouer d'une seconde manière, en plus du clavier (mais pas en même temps, ne sautez pas de joie trop vite).
Le son est diffusé par une ou plusieurs enceintes et diffuseurs spécifiques, savants et joyeux bricolages sonores eux aussi.


C'est un instrument monodique: on ne peut faire qu'un son, qu'une note à la fois.
Un clavier de commande à gauche permet de faire varier et de choisir parmi une palette de timbres, et de diffuseurs, multipliant les possibilités d'effets.
Peu ont vu cet instrument, mais nous avons tous entendu ses sons, soit en musiques pures, soit plus probablement en musiques de films, où cet instrument parait plus familier, même si on ignorait l'existence même de l'instrument.

Quelques illustrations, dans la langue de nos voisins isliens, mais avec accent bien d'cheu nous:



et une oeuvre:



J'ai assisté en privé (eh, ho, c'était Noël, je rappelle !) à l'exécution de quelques pièces plutôt contemporaines, dont la "déconcertance" convient bien à ces sonorités, ou plutôt les sonorités et les timbres s'allient bien à ce type d'oeuvres, mais immédiatement à la suite, quelques pièces de violoncelle de Bach ont montré un autre potentiel de l'instrument.
C'est assez naturel et logique, si on considère que le sieur Martenot était aussi violoncelliste; son instrument présente pas mal de similitudes avec le violoncelle, ou du moins contient des dispositifs permettant un jeu similaire sur certains aspects, et sur certains timbres accessibles par les réglages.

Les classes d'ondes Martenot existent dans plusieurs conservatoires. Il y a parfois des soucis de conservation et d'entretien, mais ces instruments et leur pratique ont survécu à la disparition de leur inventeur.

L'instrument, et le répertoire, méritent la découverte. On y trouve, je pense, aussi bien du déconcertant qui tiendrait dans un premier temps, pour un néophyte comme moi, plus du bruit et de la gratuité de sons, que de la composition savante ou inspirée, que l'introduction, ou le corps d'oeuvres contemporaines, savantes ou simplement de leur temps, mais dont l'abord doit plus de faire dans la progression que dans le bain direct forcé pour commencer à susciter de la compréhension et de l'empathie, et partant de l'émotion.
Mais de grands compositeur se sont intéressés à l'instrument (je pense à Messiaen, Milhau, Honegger, ... ), c'est donc un passage quasi obligé, avec plaisir à en tirer, pour les amateurs des musiques de ces époques.

Pour mémoire, je me souviens qu'on entend des ondes Martenot dans des chansons de Brel (en présence du diable notamment).

J'oubliais: les partitions d'oeuvres pour ondes Martenot:
Ca aussi ça vaut le détour.
J'ai pris quelques photos, faudra que je vous montre.
Reprises en tête de partition ou en cours d'exécution des réglages du tableau de commande , par une suite de lettres correspondant aux boutons, puis des lignes ondulées ou brisées, tout un graphisme codé et codifié à priori assez précisément pour ce que j'ai pu voir.
L'amie musicienne a eu la chance (et l'avantage) d'avoir les indications directes du compositeur de certaines oeuvres dont elle travaillait les partitions. Ce n'est pas dommage, si on imagine la difficulté qu'il peut y avoir à transcrire de manière précise et claire tous les effets désirés. Les particularités de cet instrument ont nécessité des écritures spécifiques, laissant toutefois comme avec tout instrument et toutes partitions des possibilités interprétatives pour l'exécutant.

Une autre vidéo qui résume bien l'essence et le fonctionnement de l'instrument:

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